10 janvier 1957, naissance de l’Association des Anciens Elèves de l'IAE de Paris
Par Robert LARGAUD, IAE de Paris 1956, Président de l'Association de 1963 à 1967

Celui qui, aujourd’hui, en 2012, va sortir, diplôme en poche de l’IAE, trouvera normal d’aller frapper à la porte de notre Association, bureau 112, 21 rue Broca. Il sait qu’il y trouvera, en bon état de fonctionnement, une dizaine de clubs professionnels, un service emploi-carrière, des conseils, un site Internet, envié par beaucoup. En lui apportant son adhésion, il sera, d’un seul coup, admis dans un vaste et efficace « Réseau » de plus de 24500 diplômés IAE.

Il ne se doutera pas, un seul instant, j’en suis persuadé de ce qu’il a fallu, à d’autres, d’efforts, de dévouement, de travail, pour en arriver là. De ténacité également. Et ce pendant cinquante ans, un demi siècle !

C’est de cet immense engagement dont on m’a demandé de témoigner. Parce que j’en ai été l’un des premiers acteurs, avec les 41 diplômés de la Promo n°1, celle de 1956. J’ai ensuite, pendant ma vie professionnelle et « celle qui l’a suit » maintenant, toujours sur-veillé au sens « de rester en état de veille » la vie et le développement de « notre » AAE. Sans aucun mérite personnel, puisque beaucoup de mes amis ont fait de même, et notamment ceux qui ont l’honneur et la charge de la présider au long de ces cinquante années.

Je m’en tiendrai, toutefois, aux premières années, celles où après avoir contribué à la fondation de notre association (dont j’avais été chargé de rédiger les statuts) j’ai, de 1961 à 1967, remplie les fonctions de Secrétaire Général puis de Président.

Je ferai surtout appel à mes souvenirs pour dire « Pourquoi et comment la promotion de 1956 a créé notre association? ». Geste fondateur sans lequel nous n’aurions pas été, ce soir, réunis dans le magnifique château de Vaux le Vicomte  dont la magnificence symbolise, en quelques sorte, l’exceptionnelle réussite du « Réseau IAE ».

Pourquoi et comment ?, ou plutôt « comment se fait-il qu’au siècle dernier, au milieu des années 50, les diplômés du Centre Administration des Entreprises », ait eu l’idée de se réunir en association. En effet, ce « Centre » - nom de l’IAE à l’origine – n’était qu’un simple appendice de la « Faculté de Droit », place du Panthéon. Or, à cette époque, il n’était pas d’usage, dans les milieux universitaires que les titulaires d’un même diplôme éprouvent le besoin, une fois les examens passés, de garder un contact entre eux.
Notre initiative, une première dans les « facultés » d’alors, fut, en fait, la résultante de l’originalité initiale de l’IAE.

La formation à la gestion de l’entreprise était, jusque là, le domaine réservé de l’enseignement privé (HEC, ESSEC, Ecoles Supérieures de Commerce…) La décision de Gaston Berger (philosophe, humaniste et Directeur Général de l’enseignement supérieur ) de créer le « certificat d’aptitude à l’administration des entreprises » et d’en confier la préparation aux facultés de droit – plutôt rétives – l’introduisait dans l’enseignement supérieur universitaire. Il fallait, au plus vite, former en plus grand nombre les gestionnaires dont les entreprises à la recherche d’une meilleure productivité avait un impérieux besoin, au lendemain, de la libération. Les licenciés de toutes disciplines, soucieux d’entrer dans l’entreprise, dont ils ne connaissaient aucune des techniques de gestion vinrent donc compléter leur formation au CAE parisien, (longtemps le premier (et seul) en France). Mais, ce qui n’était pas prévu, ils s’y retrouvèrent en compagnie d’élèves de grandes écoles d’ingénieurs désireux, eux aussi, d’y recevoir ce type de formation.

Cette recherche de la « double compétence » (l’une des sources du succès et du développement ultérieur de l’IAE de Paris ) en mêlant diplômés de l’université et ingénieurs (au sortir de leurs études ou cadres déjà confirmés) brisa les solides barrières d’alors entre disciplines et plus encore entre la population des écoles d’ingénieurs et celle des facultés. Très vite, les uns et les autres « échangèrent », notamment au sein des groupes de travail, et un état d’esprit commun naquit. Les ingénieurs parmi leurs apports, firent comprendre à leurs condisciples, l’intérêt, études finies, de ne pas se séparer, d’entretenir des liens amicaux et professionnels. De sorte, que tout naturellement, le soir de la cérémonie au cours de laquelle, fin 1956, les premiers diplômés parisiens du CAE reçurent leurs parchemins, tous se retrouvèrent dans l’arrière salle d’un bar tabac de la rue Soufflot pour décider la création d’une « association d’anciens élèves ». Bien entendu, le brillant économiste Robert GOETZ-GIREY qui avait, avec la plus grande abnégation, accepté de diriger le CAE (les candidats n’étaient pas si nombreux) informé de cette initiative les avaient fortement encouragés. Depuis longtemps, il comptait parmi ceux qui militait pour un rapprochement Université-Entreprises.


Les choses ne traînèrent pas et lors d’une nouvelle rencontre , le 10 janvier 1957, les statuts de l’association adoptés, un comité directeur fut élu.

Ceci dans une improvisation totale : ni secrétariat, ni local, ni téléphone. Robert GOETZ, lui même démuni, ne pouvait guère nous aider. Mais nous avions la ferme intention de contribuer à ses côtés à faire connaître notre diplôme, le CAE, son originalité, et de rester comme pendant nos mois d’études. Nous avions fait connaissance au gré des salles disponibles, à la Fac du Panthéon, au Centre des examens, rue abbé de l’épée ou ailleurs. Notre sympathie commune naissante, nous conduisait à préparer même les « cas » -chose nouvelle pour nous- par petits groupes dans telle ou telle brasserie du quartier latin.

Je les cite pour qu’ils ne soient pas oubliés et dans l’ordre choisi par Jean Edouard Prévost dans la lettre, pleine de panache, par laquelle, trois ans après son élection, il faisait savoir qu’il se retirait avec son équipe, mission accomplie, pour passer « les rênes » à un nouveau Comité directeur. Jean Pierre, le nouveau président, ingénieur Arts et Métiers, appelé à une brillante carrière et malheureusement disparu, encore jeune, en mer, Pierre était entouré de deux Vices Présidents, Nicole Monchalin et Raphaël Grundmann (qui a apporté une contribution remarquée au livre du « Cinquantenaire » publié par l’IAE) d’un Trésorier Gilbert RIOU et d’un Secrétaire général, signataire de cette chronique.

En un peu plus de trois ans, l’association avait fondée, dans un même creuset, étudiants, cadres, ingénieurs, juristes, littéraires, pharmaciens… Un service placement avait été mis en place  et son responsable remplissait sa charge, chez lui, le soir et pendant les week-ends; bien souvent au téléphone. Douze « Bulletins » avaient été « édités » . A vrai dire, ils se présentaient sous la forme modeste de quelques feuillets reproduits par un procédé artisanal, le steneyl, l’offset étant inconnu. Mais ils témoignaient de notre vitalité.

Les premiers et troisièmes mercredis du mois, nous nous réunissions, place de la Bourse au « Savoy » sous la houlette de nos délégués de promotion. Nous y fûmes jusqu’à 17 (sur 42 diplômés)! Plus tard, nous eûmes droit à un salon particulier, métro opéra, à la « Belle Cordière ». Dîner de promotion, discussions de « cas », banquet annuel se succédaient. Le Secrétaire d’Etat au commerce, M. FONTANET, Jacques FAUVET, futur successeur d’Hubert BEUVE-MERY à la direction du journal « Le Monde », le président du CNRF, M. VILLIERS, le président de la CCI de Paris, M. DESBRIERES et pour notre dixième anniversaire, Michel DEBRE, ancien Premier Ministre du Général DE GAULLE, alors Ministre des Finances, nous firent l’honneur de présider nos manifestations dont la presse parisienne rendait compte.


Dans le même temps, non contents de développer la notoriété de l’IAE, nous nous efforcions d’aider le professeur GOETZ et son équipe dans la mesure de nos moyens. Ainsi l’association prit en charge l’impression et la diffusion aux élèves des cours de l’Institut sous la forme de « polycopiés ». Très lourde charge, en égard à des moyens matériels quasi inexistants. Les enseignants, titulaires des chaires naissantes, souvent eux mêmes dirigeants d’entreprises, ayant quelques difficultés à s’entourer d’un nombre suffisant de « Chargés de TD » compte tenu de la notoriété de l’IAE et de la faiblesse des rémunérations proposées, faisaient appel aux anciens qui répondaient « présents » et assumant assez souvent une responsabilité au sein de l’Association. Pour un jeune cadre, venant de fonder une famille , affrontant les difficultés de tout début de carrière, « dégager » le temps nécessaire à la préparation des cas, puis à leur animation de 20h à 22h (au mieux) après une longue journée de travail exigeait un véritable engagement. Un de nos camarades, Roland BONEAUX, officier supérieur qui venait de prendre sa retraite, accepta même, pendant plusieurs années, de remplir (quasi bénévolement) les fonctions de Secrétaire Général de l’Institut.

C’était l’époque où, jeunes encore, nous attendions beaucoup et où, comme je viens de le rappeler (de manière aussi maladroite qu’ incomplète) nous semions pour que d’autres, après nous, puissent récolter.

Rendez-vous pour le premier centenaire de l’AAE IAE en 2057 !
N’ayez pas peur !

Robert Largaud, promo 1956